Sunday, January 29, 2006

Encore un Peu...

Ah! non! c'est un peu court, jeune homme!
On pouvait dire. . .Oh!.... . .bien des choses en somme. . .
En variant le ton,--par exemple, tenez
Agressif 'Moi, monsieur, si j'avais un tel nez
Il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse!'
Amical 'Mais il doit tremper dans votre tasse!
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap!'
Descriptif 'C'est un roc!. . .c'est un pic!. . .c'est un cap!
Que dis-je, c'est un cap?. . .C'est une peninsule!'
Curieux 'De quoi sert cette oblongue capsule?
D'ecritoire, monsieur, ou de boite a ciseaux?'
Gracieux 'Aimez-vous a ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous preoccupates
De tendre ce perchoir a leur petites pattes?'
Truculent 'Ca, monsieur, lorsque vous petunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminee?'
Prevenant 'Gardez-vous, votre tete entrainee
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol!'
Tendre 'Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane!'
Pedant 'L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamelos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os!'
Cavalier 'Quoi, l'ami, ce croc est a la mode?
Pour pendre son chapeau, c'est vraiment tres commode!'
Emphatique 'Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepte le mistral!'
Dramatique 'C'est la Mer Rouge quand il saigne!'
Admiratif 'Pour un parfumeur, quelle enseigne!'
Lyrique 'Est-ce une conque, etes-vous un triton?'
Naif 'Ce monument, quand le visite-t-on?'
Respectueux 'Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est la ce qui s'appelle avoir pignon sur rue!'
Campagnard 'He, arde! C'est-y un nez? Nanain!
C'est queuqu'navet geant ou ben queuqu'melon nain!'
Militaire 'Pointez contre cavalerie!'
Pratique 'Voulez-vous le mettre en loterie?
Assurement, monsieur, ce sera le gros lot!'
Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot
'Le voila donc ce nez qui des traits de son maitre
A detruit l'harmonie! Il en rougit, le traitre!'
--Voila ce qu'a peu pres, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit
Mais d'esprit, o le plus lamentable des etres,
Vous n'en eutes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot sot!
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir la, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articule le quart
De la moitie du commencement d'une, car
Je me les sers moi-meme, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

-Cyrano de Bergerac

-Cyrano de Bergerac



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